Art & Culture
France: découverte de la sépulture du poète Joachim Du Bellay à Notre-Dame de Paris
20/09/2024 - 15:48
Mohammed Fizazi
L’Institut national de recherches archéologiques préventives en France (Inrap) a annoncé des découvertes importantes à la suite des fouilles entreprises après l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris en 2019, selon ce que rapporte le quotidien français “Le Monde”.
Parmi les trouvailles, l'identité de l'occupant de l'un des deux cercueils plombés découverts en avril 2022 sous la croisée du transept a été révélée: il s'agirait du poète Joachim Du Bellay, mort en 1560 à l’âge d’environ 35 ans, indique "Le Monde" dans son tirage du jeudi 19 septembre 2024.
Les fouilles menées début 2022 avant l’installation de l’échafaudage de 700 tonnes nécessaire à la reconstruction de la flèche ont permis de découvrir huit sépultures sous la croisée du transept, une zone de la cathédrale utilisée comme nécropole du XIVe au XVIIIe siècle. Parmi ces sépultures, deux cercueils en plomb ont retenu l’attention des chercheurs, suggérant que leurs occupants avaient un statut particulier.
Le premier cercueil a été identifié comme étant celui d’Antoine de la Porte, un chanoine de Notre-Dame décédé en 1710 et connu pour son mécénat, notamment pour la clôture du chœur de la cathédrale. Ce cercueil était accompagné de deux plaques épigraphiques confirmant l’identité du défunt.
Le second cercueil, en revanche, ne portait aucune indication claire. Les premières analyses ont montré qu’il contenait les restes d’un homme jeune, atteint d’une tuberculose osseuse sévère, et présentant des déformations squelettiques liées à une pratique intense de l’équitation, ce qui lui a valu le surnom de "Le Cavalier" par les chercheurs. Le squelette montrait aussi des signes de déplacements post-mortem, indiquant que le cercueil avait été réoccupé à une date indéterminée.
Les indices menant à Du Bellay
L’équipe dirigée par Eric Crubézy, médecin et professeur d’anthropologie, a mené une enquête approfondie pour identifier ce mystérieux "Cavalier". Les archives indiquaient que Joachim Du Bellay, célèbre poète de la Pléiade, avait été chanoine de Notre-Dame et avait des liens familiaux puissants au sein de l’Église, notamment par son oncle Jean Du Bellay, ancien évêque de Paris et cardinal influent à Rome. En janvier 1560, Du Bellay fut inhumé à Notre-Dame, dans la chapelle Saint-Crépin, mais son cercueil n’avait pas été retrouvé lors de recherches en 1758.
Les analyses squelettiques et isotopiques ont conforté cette hypothèse. Le profil médical du défunt correspondait étroitement à celui de Du Bellay, connu pour avoir souffert de tuberculose osseuse accompagnée de méningite chronique, une pathologie extrêmement rare (0,03% des autopsies de l’époque). Les symptômes tels que la surdité et les céphalées sévères du poète étaient également compatibles avec les affections identifiées sur les restes exhumés. Des analyses isotopiques des dents ont révélé que l’individu avait passé une grande partie de son enfance en région parisienne ou lyonnaise, ce qui s'accorde avec la vie du poète, orphelin et élevé par son oncle à Paris.
Un travail archéologique de grande ampleur
Au-delà de l’identification de Du Bellay, les fouilles ont permis de découvrir une centaine d’autres sépultures, souvent dans des lieux inattendus comme des caves ou des réseaux souterrains. La majorité des cercueils retrouvés étaient en bois clouté, avec une orientation spécifique selon le statut des défunts: tête à l’ouest pour les laïcs et à l’est pour les membres du clergé. Plusieurs tombes avaient été déplacées, et les ossements avaient parfois été déposés en surface.
Les archéologues ont fouillé 80 sépultures et examiné les ossements. Selon l’archéologue Camille Colonna, la plupart des individus exhumés étaient âgés, avec des signes de sénescence, mais on a aussi retrouvé quelques hommes plus jeunes et un adolescent. Un seul squelette féminin a été identifié, mais aucune enquête approfondie n'est encore prévue pour ce cas.
Des découvertes archéologiques inestimables
Les recherches ont aussi révélé des éléments des différentes périodes d’occupation du site de Notre-Dame. Sous la cave Soufflot, à 3,50 mètres de profondeur, les fouilles ont mis au jour les sols d’une habitation datant du début du Ier siècle. D’autres vestiges témoignent de l’activité artisanale du Bas Empire au IIIe siècle. Un vaste bâtiment carolingien et plusieurs édifices médiévaux ont également été identifiés, rappelant l’évolution du site avant la construction de la cathédrale actuelle.
Parmi les trouvailles les plus précieuses, les archéologues ont mis la main sur des fragments du jubé construit en 1230 et détruit sous Louis XIV. Près de mille fragments ont été retrouvés, dont sept cents conservent encore leur polychromie d’origine. Ces pièces, stabilisées pour éviter leur dégradation au contact de l’air, seront prochainement exposées au Musée de Cluny dans le cadre de l’exposition "Faire parler les pierres. Sculptures médiévales de Notre-Dame".
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