Société
Le poids des émotions : Et si le vrai régime commençait dans la tête ?
16/05/2026 - 10:02
Khaoula Benhaddou | Hamza BAMMOUEt si perdre du poids commençait par apprendre à s'aimer ? C'est le pari audacieux que font le radiologue et Dr en sociologie de la santé Fathi Berrada et la nutritionniste Maria Benjelloun, à travers une approche inédite qui marie alimentation, émotions et lien social.
Leur concept part d'un constat simple mais souvent négligé : ce que nous mangeons est indissociable de ce que nous ressentons et de la façon dont nous nous percevons dans le regard des autres.
Une conviction née d'une expérience personnelle
Pour le Dr Berrada, cette démarche n'est pas née dans les livres. Elle est le fruit d'une expérience vécue. "Enfant, j'ai toujours été en surpoids et j'ai beaucoup souffert du regard des autres. En grandissant, les choses ne se sont pas arrangées. Avec ma casquette de médecin et après plusieurs régimes qui ont tous fini par échouer, j'ai compris que notre rapport à la nourriture passe avant tout par la tête, par la confiance en soi et par notre relation aux autres".
C'est cette prise de conscience qui l'a conduit à entreprendre des études en sociologie et en psychologie, avec un objectif clair : aider ses patients à s'accepter et à s'aimer avant même de chercher à maigrir.
L'alimentation, reflet de notre vie intérieure
L'approche repose sur une idée fondamentale : manger n'est pas qu'un acte physiologique. Nos habitudes alimentaires sont profondément façonnées par nos émotions, nos pensées et notre environnement social. Anxiété, manque d'estime de soi, isolement ou encore regard des autres peuvent alimenter des comportements compulsifs ou des relations dysfonctionnelles avec la nourriture. Travailler sur ces dimensions devient alors aussi important que de revoir son assiette.
La méthode s'adresse aux enfants, aux adolescents, aux personnes vulnérables et à toute personne confrontée à une problématique de surpoids. Elle ne cherche pas à imposer un régime universel, mais à construire un accompagnement sur mesure, qui prend en compte la globalité de la personne. "On ne se concentre pas uniquement sur le patient, on essaie de comprendre son environnement, son mode de vie, le regard qu'il porte sur lui-même et sa relation à la nourriture", explique le Dr Berrada.
Et d'ajouter" C'est une prise en charge qui dure au minimum six mois. Les résultats sont encourageants, mais il n'existe pas de formule magique : c'est du cas par cas."
Manger ses émotions ou les dessiner, chanter, danser… et les comprendre
En complément du suivi nutritionnel assuré par Maria Benjelloun, les patients sont invités à explorer d'autres formes d'expression. Des ateliers de dessin, de peinture, de musique et de danse leur permettent de se libérer de leurs complexes, de renouer avec leur corps et de développer une estime d'eux-mêmes trop longtemps mise à mal. Car exprimer ses émotions autrement qu'en mangeant, c'est déjà commencer à guérir.
"Al Warachate" : l'initiative qui réconcilie assiette, émotions et estime de soi
C'est dans cet esprit qu'est né « Al Warachate », un lieu, niché au coeur de Casablanca, dédié à cette vision intégrée du bien-être. Nutrition, psychosociologie, qualité de vie et épanouissement personnel y sont pensés ensemble, autour d'un fil conducteur : replacer l'humain, dans toutes ses dimensions, au centre de la démarche de soin.
À travers cette initiative, ses fondateurs ouvrent une voie nouvelle, celle d'une alimentation consciente, connectée à nos émotions et à notre rapport aux autres, pour un mieux-être qui, cette fois, s'inscrit dans la durée.
Un engagement pour une accessibilité équitable
Au-delà de l’accompagnement thérapeutique, les initiateurs du projet revendiquent une dimension citoyenne. « Nous adaptons nos prestations au contexte marocain avec des prix raisonnables qui peuvent varier selon les cas et les besoins de chacun. Nous nous engageons également à offrir nos services gratuitement pour sensibiliser au niveau des écoles ainsi que pour les personnes atteintes de cancer. C’est un acte citoyen et nous avons l’obligation de partager notre savoir-faire et de ne pas exclure cette catégorie », souligne Fathi Berrada.
Cette volonté d’accessibilité vise à démocratiser l’éducation nutritionnelle et à toucher des publics souvent éloignés de ce type d’accompagnement, en particulier les plus vulnérables.
Un accompagnement adapté à la culture marocaine
L’un des piliers de cette approche réside dans son adaptation au contexte local. « On ne peut pas demander à un patient marocain de peser sa nourriture avant de la manger, ce geste ne fait pas partie de sa culture. N’oublions pas qu’une famille marocaine composée de quatre personnes peut cuisiner deux poulets entiers pour le déjeuner, accompagnés de différentes salades ainsi que de deux kilos de raisin pour le dessert », explique Maria Benjelloun.
Face à ces réalités, l’objectif est d’adapter les recommandations sans les déconnecter du quotidien. « Nous essayons d’ajuster notre accompagnement au contexte et à la culture marocaine, en expliquant les bienfaits et les dangers de chaque aliment pour parvenir à un résultat sain et équilibré », poursuit-elle. Et d’ajouter : « Nous apprenons à nos patients à manger sainement. La cuisine marocaine, de tradition méditerranéenne, l’est déjà en grande partie. Il suffit simplement de quelques ajustements adaptés à l’état de santé de chacun »
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