Société
Le stock national de sang couvre à peine trois jours
05/12/2022 - 20:52
Khaoula Benhaddou
Comme chaque année, le Maroc célèbre le 5 décembre la journée nationale du don de sang. Une journée qui rappelle encore une fois l’importance de ce geste considéré comme un acte national, moral et religieux. Une occasion également pour inviter les personnes adultes et en bonne santé à faire un don du sang, au moins tous les trois mois pour les hommes et tous les six mois pour les femmes.
Le sang est un liquide vital pour l’être humain qui joue un rôle primordial dans le transport de l’oxygène, des nutriments, des anticorps et des hormones. Malgré les avancées scientifiques, personne n’a réussi à ce jour à le produire ou à le développer. Pour cela, le don du sang reste le seul moyen possible pour couvrir les besoins des personnes malades ou accidentées.
Ce geste qui ne nécessite que quelques minutes, permet de sauver des vies et faire face à des situations urgentes comme les accidents de la circulation et les accouchements difficiles, comme l’explique Dr Elgordo Jamila, médecin biologiste responsable de contrôle qualité au Centre national de transfusion sanguine et d’hématologie: "La célébration de la journée nationale du don de sang, a une grande importance. Elle permet la sensibilisation des citoyens à l'importance de ce don pour sauver des vies".
Etat des lieux
Malgré les efforts fournis par la tutelle et le Centre national de transfusion sanguine et d’hématologie, le Royaume enregistre souvent des pénuries de ce liquide vital. Le taux de don de sang en 2021 a atteint 0,88% de la population, soit environ 319.219 donneurs, alors que l’OMS recommande un taux de plus de 1% afin d’atteindre l'autosuffisance en besoins sanguins.
Pour Dr El Gordo Jamila, l’état de stock actuel au Maroc "est suffisant pour couvrir les besoins des malades pour 3 jours, alors que l'objectif est d'avoir un stock de 1.000 poches par jour qui peut couvrir 5 jours" et d’ajouter "Le Maroc enregistre, mais pas souvent, des périodes de pénurie et ce durant les vacances scolaires, la période d'été. Cette pénurie est enregistrée à l'échelle internationale à cause notamment de la mobilité des gens. Ainsi, les sites de collecte mobiles se font dans les facultés et les établissements OFPPT".
Entre fausses idées et blocage culturel
L’absence de la culture de don de sang et les fausses idées véhiculées empêchent l’inscription des citoyens dans les campagnes de dons. "Les fausses informations qui empêchent les gens à donner leur sang peuvent se résumer dans la vente de sang alors qu'en réalité le sang ne se vend pas. Le prix payé est un pourcentage des frais des analyses et le prix de la poche vide", explique la biologiste.
La loi n 03-94 relative au don, au prélèvement et à l’utilisation du sang humain est claire dans ce sens. Cette loi stipule que "Le don de sang doit en toute circonstance être volontaire, aucune pression d’aucune sorte ne doit être exercée sur le donneur qui doit exprimer son consentement au don en toute liberté et conscience".
Et ce n’est pas tout, "le don du sang est gratuit et ne peut donner lieu au profit du donneur à aucune rémunération de quelque nature que ce soit. La cession du sang, du plasma, des culots globulaires et des culots plaquettaires donne lieu à la perception d’une contrepartie en rémunération du coût des opérations effectuées pour le prélèvement du sang, les examens de laboratoire, la conservation, la transformation et le conditionnement du produit".
Qui peut donner?
Toute personne en bonne santé âgée entre de 18 à 60 ans peut donner son sang. Les personnes ayant fait des soins dentaires, une avulsion dentaire, la hijama ou l’extraction par ventouses doivent respecter un délai de 6 mois avant de donner leur sang. les personnes qui prennent des médicaments doivent respecter un délai de 3 semaines.
Dr Elgordo revient sur les contres indications: "Le médecin du centre de transfusion procède à l'élimination par l'interrogatoire et un examen médical via un système d'information des candidats au don qui présentent des maladies chroniques, des infections sexuellement transmissibles, les prises des médicaments en cours, les infections bactérienne et virale, les soins dentaires ou acte opératoire dans les 4 mois précédant le don, les antécédents de transfusion ou de greffe et le voyage dans un pays où il y le paludisme".
Que faire pour assurer le stock de sang?
Pour faire face aux pénuries du sang, le Royaume se dotera dans les jours à venir d’une agence nationale du sang et de ses dérivés. Cette agence revendiquée par plusieurs acteurs a pour but d’atteindre l’autosuffisance en produits sanguins pour sauver des vies. Cette agence a également pour but de surmonter les problèmes et les contraintes auxquels sont confrontés le Centre national de transfusion sanguine et d'hématologie (CNTSH) et l'ensemble des Centres régionaux de transfusion sanguine, et qui impactent négativement la gestion de ce secteur vital, de même qu'il vise à accompagner les évolutions qui s'opèrent à l'échelle nationale et internationale.
L’Agence marocaine du sang et de ses dérivés, en tant qu'établissement public sera doté de la personnalité morale et de l'autonomie financière, qui se substituera au CNTSH et à l'ensemble des Centres régionaux de transfusion sanguine.
En attendant la création de cette agence, les citoyens sont appelés à se mobiliser pour donner leur sang comme notre expert: "Nous avons besoin de la mobilisation des citoyens, des médias pour garantir un approvisionnement national suffisant. C’est le seul et unique moyen pour assurer la disponibilité des produits sanguins".
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