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Présidentielle: les Français dans l'isoloir pour un premier tour plein d'incertitudes
10/04/2022 - 11:24
AFP
Les Français ont commencé à voter dimanche au premier tour d'une présidentielle pleine d'incertitudes, avec la perspective d'un duel final entre le chef de l'Etat sortant Emmanuel Macron et sa rivale d'extrême droite Marine Le Pen, qui n'a jamais semblé aussi proche de la victoire.
En ce dimanche ensoleillé, quelque 48,7 millions d'électeurs doivent choisir entre douze candidats, à l'issue d'une campagne étrange, marquée d'abord par la pandémie de coronavirus puis l'invasion russe en Ukraine qui a occulté une partie du débat.
Les premières estimations seront connues à 20H00 (18H00 GMT) après la fermeture des derniers bureaux. Les sondages prédisent que Macron devrait arriver en tête, devant Le Pen, comme lors du précédent scrutin en 2017, avec le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon en troisième position.
Le Pen et Mélenchon ont des positions très différentes de celles de Macron sur plusieurs sujets internationaux, étant beaucoup plus hostiles à l'intégration européenne notamment et disant vouloir sortir du commandement intégré de l'Otan par exemple.
Nombre de politologues craignent que le record d'abstention de 2002 (28,4%), le plus haut niveau jamais enregistré pour un premier tour d'une présidentielle, soit battu. A 10H00 GMT, la participation était de 25,48%, en baisse de trois points par rapport à celle de la présidentielle de 2017, mais plus élevée qu'en 2002 (21,39%).
A Pantin, en région parisienne, Blandine Lehout, comédienne de 32 ans, n'ira pas voter: "c'est la première fois de ma vie", "mais là je les déteste tous. On est à un stade où ils me font peur", explique-t-elle.
A Marseille (sud-est), Carole Junique, 47 ans, qui travaille dans la fonction publique, est venue à la première heure. "En France, on a le droit de vote, c'est important de le garder; bien sûr on n'a qu'une voix parmi d'autres, mais si tout le monde se mobilise, ça peut changer les choses", souligne-t-elle.
Beaucoup ne cachent pas que leur choix a été difficile. Cédric Hodimont, la quarantaine, regrette ainsi d'avoir fait "un vote par défaut".
Les différentes études montrent que Le Pen et Mélenchon sont depuis plusieurs jours dans une dynamique de progression, réduisant substantiellement l'écart avec le président sortant, entré tardivement en campagne. Mais l'abstention et le fait, toujours selon les sondages, qu'une part importante de l'électorat n'est pas sûre de son choix semblent laisser les jeux ouverts.
"Sur les 12, j'en avais sélectionné 4 hier soir, et je me suis décidée ce matin", explique Françoise Reynaud, 55 ans, électrice marseillaise.
Derrière ce trio, les autres candidats paraissent décrochés, notamment celle de la droite traditionnelle Valérie Pécresse et l'autre prétendant d'extrême droite Eric Zemmour.
Pour le deuxième tour, les sondages donnent Macron vainqueur, mais avec une très courte avance sur Le Pen dont la victoire n'est toutefois pas exclue, ce qui constituerait une double première en France, avec l'arrivée d'une femme et de l'extrême droite au pouvoir.
Ce premier tour clôturera plusieurs mois d'une campagne dont les grands enjeux, en particulier le dérèglement climatique, ont été absents. Le pouvoir d'achat s'est inscrit comme la principale préoccupation des électeurs, d'autant que la guerre en Ukraine a provoqué une inflation notable.
Le Pen a depuis le début axé sa campagne sur ce thème, de même que Mélenchon dont la formation appelle les électeurs de gauche au vote "utile" en sa faveur, plutôt qu'au profit des nombreux autres candidats de gauche, comme l'écologiste Yannick Jadot, la socialiste Anne Hidalgo ou le communiste Fabien Roussel.
Face à la possibilité d'une victoire de l'extrême droite, certains candidats ont déjà annoncé la position qu'ils adopteront dimanche soir, comme Fabien Roussel qui fera barrage à Le Pen. Valérie Pécresse ne donnera pas de consigne mais dira pour qui elle votera.
Dans l'entourage de Macron, on admet que le réflexe du "front républicain", dont il avait bénéficié lors de son élection en 2017, n'est plus une évidence.
Donnée finie après son échec il y a cinq ans, inquiétée par l'irruption du polémiste Eric Zemmour, Le Pen a remonté la pente, allant jusqu'à se présenter, lors d'un dernier meeting vendredi, comme représentant "la France tranquille" face à un chef de l'Etat "agressif" et "fébrile".
Par un effet de vase communicant, la fille et héritière du sulfureux tribun d'extrême droite Jean-Marie Le Pen s'est retrouvée recentrée sur l'échiquier politique par l'irruption d'Eric Zemmour.
Macron a lui joué sur son image de commandant en chef accaparé par les crises sanitaire et internationale. Une posture qui l'a d'abord servi, mais qui a ensuite pu le faire apparaître déconnecté des préoccupations quotidiennes des Français. Son image a aussi été affectée par son refus de se livrer à des débats télévisés face à ses adversaires. Prenant conscience du danger, le président sortant a appelé à partir de début avril à la "mobilisation" contre une extrême droite "banalisée", et affirmé vendredi avoir "l'esprit de conquête plutôt que l'esprit de défaite".
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