Société
Publicité des médicaments: l’AMMPS durcit les règles pour mieux encadrer l’information du public
26/03/2026 - 00:16
Khaoula Benhaddou
L’Agence Marocaine du Médicament et des Produits de Santé (AMMPS) renforce son arsenal réglementaire. Avec la publication de la ligne directrice (LD EA-011 version mars 2026), l’autorité sanitaire introduit de nouvelles exigences strictes en matière de publicité des médicaments, dans le but de mieux protéger les patients et encadrer les pratiques promotionnelles.
Dans un contexte où l’information médicale circule de plus en plus rapidement, notamment via les réseaux sociaux, cette mise à jour vise à garantir une communication plus rigoureuse, transparente et conforme aux données scientifiques validées, tout en limitant les dérives promotionnelles susceptibles d’impacter la santé publique.
Une publicité strictement encadrée auprès du grand public
La ligne directrice pose un principe sans ambiguïté: la publicité destinée au grand public est strictement encadrée et soumise à un contrôle préalable. "La publicité des médicaments à usage humain constitue un domaine strictement encadré, en raison de son impact direct sur la santé publique, le bon usage des médicaments et la protection des patients. Elle doit être conforme aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur, ainsi qu’aux principes éthiques et scientifiques reconnus, afin de garantir une information exacte, objective et non trompeuse", explique l’AMMPS qui rappelle que tous les médicaments ne peuvent pas être promus auprès du public.
"La publicité auprès du public pour un médicament est soumise à une autorisation préalable de l’AMMPS sous forme d’un visa de publicité. Elle n’est admise qu’à la condition que ce médicament ne soit pas soumis à prescription médicale, qu’il ne soit pas remboursable par l’assurance maladie et que l’autorisation de mise sur le marché ou l’enregistrement ne comporte pas de restriction en matière de publicité en raison d’un risque possible pour la santé publique. Toutefois les campagnes publicitaires pour les vaccins et les médicaments relatifs à la planification familiale ou à la lutte contre le tabagisme peuvent s'adresser au public. Quand elle est autorisée, cette publicité doit être accompagnée d’un message de prudence et renvoyer au médecin en cas de persistance des symptômes", tranche l’AMMPS.
Professionnels de santé: une information encadrée mais essentielle
L’AMMPS rappelle que toute communication promotionnelle doit être rigoureusement conforme à l’autorisation de mise sur le marché.
Par ailleurs, certaines communications ne sont pas considérées comme de la publicité. "N’est pas considéré comme publicité: L'information dispensée, dans le cadre de leurs fonctions, par les pharmaciens d'officine et les pharmaciens gérants de réserves de médicaments dans des cliniques", explique le document.
Des règles strictes pour éviter toute dérive
Les messages promotionnels ne peuvent en aucun cas être trompeurs, exagérés ou de nature à induire en erreur. Les bénéfices d’un médicament doivent être présentés de manière équilibrée, sans occulter les risques ou effets indésirables potentiels.
L’AMMPS insiste également sur la nécessité d’une clarté absolue dans les supports publicitaires, qu’ils soient destinés au grand public ou aux professionnels de santé.
Un exemple concret est donné: pour un antihistaminique, une allégation précise sur les symptômes soulagés est acceptable, alors qu’une formule vague du type "soulage les allergies" est jugée non conforme.
Ces pratiques sont jugées particulièrement dangereuses, car elles peuvent encourager l’automédication ou banaliser l’usage des médicaments.
Une frontière clarifiée entre information et promotion
L’un des apports majeurs de la ligne directrice réside dans la clarification de la notion même de publicité. Le texte rappelle que toute communication visant, "directement ou indirectement, à promouvoir la prescription, la délivrance ou la consommation d’un médicament", relève de la publicité et doit donc respecter les règles en vigueur.
Une précision particulièrement importante à l’heure des réseaux sociaux, où les contenus promotionnels se multiplient notamment avec des influenceurs qui vantent les bienfaits de certains produits.
Un contrôle renforcé et des sanctions possibles
L’AMMPS ne se limite pas à définir les règles, elle renforce également les mécanismes de contrôle. La diffusion de toute publicité auprès du public est conditionnée à l’obtention d’un visa, qui peut être suspendu ou retiré à tout moment.
"L’Agence Marocaine du Médicaments et des Produits de Santé peut, par décision motivée, suspendre ou retirer le visa de publicité d’un médicament auprès du public lorsqu’il est constaté que l’autorisation de mise sur le marché de la spécialité pharmaceutique concernée est suspendue ou retirée. En outre, il peut être suspendu en cas d’urgence ou retiré lorsqu’il s’avère que l’établissement pharmaceutique industriel méconnaît ou déroge au contenu et aux messages du support publicitaire autorisé. Cette capacité d’intervention rapide vise à protéger les patients face à des messages potentiellement trompeurs ou dangereux", précise le communiqué.
La ligne directrice de l’AMMPS précise que contrairement à la majorité des produits bénéficiant de publicités, les médicaments sont peu connus du Grand Public et leur publicité peut faire l’objet d’interprétations et d’ambiguïté. "C’est pourquoi aujourd’hui la publicité en faveur des médicaments est soumise à des mesures de contrôle administratives strictes ayant pour objectif la protection des patients."
Et de conclure "l’information et la publicité sur le médicament doivent être des outils techniques indispensables pour encourager le bon usage des médicaments. Ils doivent avoir un caractère éthique pour permettre aux professionnels de santé de disposer d’une information qui corresponde à leur besoin et qui soit fiable. Ces fonctions doivent être prises en compte par l’autorité nationale de réglementation, car l’information reste une donnée associée à tout médicament. On ne peut assurer efficacement la sécurité d’utilisation d’un médicament, sans maitriser l’information qui l’accompagne. Bien qu’il soit difficile de dissocier ces deux outils techniques, dans la mesure où la publicité est aussi un outil d’information, on peut cependant, pour des besoins de réglementation, faire cette dissociation utile".
À travers ce renforcement réglementaire, l’AMMPS entend répondre à lutter contre la désinformation en matière de santé.
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