Société
Travail des enfants: nécessité de vigilance et de mesures urgentes
13/06/2024 - 11:35
Ouiam Faraj | Mohammed Fizazi
Les chiffres publiés par le Haut Commissariat au Plan (HCP) à l'occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants révèlent qu'environ 69.000 enfants exercent des travaux dangereux, soulignant que le phénomène du travail des enfants au Maroc est en recul, mais qu'il persiste surtout dans certaines catégories et régions spécifiques. Que faut-il faire pour lutter contre ce phénomène?
Le président de l'Association du Forum de l'Enfance, Abdelali Rami, estime que les efforts déployés pour réduire le travail des enfants n'ont pas encore complètement éradiqué ce phénomène, malgré la baisse signalée par le HCP dans son rapport, en raison de l’existence persistante d'enfants hors du système éducatif.
Le HCP a indiqué que le nombre d'enfants travailleurs continue de diminuer par rapport à 2022, le nombre d'enfants actifs travaillant ayant diminué de 13,4%, et ce chiffre ayant été réduit de plus de la moitié (55,5%) par rapport à 2017.
Rami a affirmé, dans une déclaration à SNRTnews, que le Maroc continue de faire face au problème de l'exportation des phénomènes des régions fragiles, avec un taux de travail des enfants plus élevé en milieu rural (88.000 enfants) par rapport au milieu urbain (22.000 enfants). Il a mis en garde contre l'aggravation de ce phénomène, notamment après les années de sécheresse successives, les changements climatiques et les répercussions de la pandémie qui ont touché de nombreuses familles.
Il a également évoqué des préoccupations nécessitant une vigilance immédiate qui pourraient contribuer à l'augmentation du travail des enfants, notamment la hausse des prix et la diminution du pouvoir d'achat de nombreuses familles à revenu limité. Il a expliqué que ces familles considèrent leurs enfants comme un soutien pour les aider financièrement, ce qui pourrait entraîner l'adhésion de plus d'enfants non scolarisés au travail.
Pour réduire le travail des enfants de moins de 18 ans, l'acteur associatif a souligné la nécessité d'accélérer l'enseignement obligatoire pour tous les enfants, en obligeant les parents à scolariser leurs enfants à travers la création de programmes d'incitation variés.
Il a également insisté sur la nécessité d'assurer une vie décente aux familles vulnérables et de réaliser une justice géographique, économique et sociale entre les enfants, soulignant qu'il est impossible de penser à des solutions pour l'enfant sans penser aussi à des solutions pour la famille.
Développement des zones fragiles
Selon Rami, cela nécessite le développement des zones exportatrices de la main-d'œuvre infantile et la mise en place d'une politique publique claire qui sert les causes de l'enfance et protège les enfants contre l'exploitation dont ils sont victimes de la part des employeurs, étant donné qu'ils sont une catégorie vulnérable et moins coûteuse, ce qui facilite leur exploitation.
Il a évoqué, dans son discours sur les efforts déployés pour réduire ce phénomène, le travail du ministère public qui a émis des instructions pour lutter contre les intermédiaires employant ces enfants, en particulier les jeunes domestiques ou ceux travaillant dans les usines et les ateliers à moindre coût.
Il a insisté sur le rôle des inspecteurs du travail et des autres autorités compétentes qui doivent intensifier les contrôles dans ces usines et parmi les intermédiaires pour réduire le travail des enfants.
En ce qui concerne les lois, Rami a souligné que le problème réside dans leur application sur le terrain. Le Code du travail interdit le travail des enfants de moins de 15 ans et prévoit des sanctions à cet égard, en plus de la loi sur les travailleurs domestiques qui encadre ce type d'emploi.
L'article 143 du Code du travail stipule que ”les mineurs ne peuvent être employés ni être admis dans les entreprises ou chez les employeurs avant l'âge de quinze ans révolus”.
L'article 145 du Code du travail stipule qu'”aucun mineur de moins de 18 ans ne peut, sans autorisation écrite préalablement remise par l'agent chargé de l'inspection du travail pour chaque mineur et après consultation de son tuteur, être employé à titre de salarié comme comédien ou interprète dans les spectacles publics faits par les entreprises dont la liste est fixée par voie réglementaire”. Et que “l'agent chargé de l'inspection du travail peut procéder au retrait de l'autorisation”.
Pénalisation du travail des enfants
Notons qu’il est passible d'une amende de 2000 à 5000 dirhams toute personne n'ayant pas l'autorisation prévue à l'article 145. Et est passible d'une amende de 25.000 à 30.000 dirhams toute personne contrevenant à l'article 143, et en cas de récidive, l'amende est doublée et la peine d'emprisonnement peut être de 6 jours à 3 mois, ou l'une de ces deux peines.
Rami a insisté sur la nécessité de pénaliser le travail des enfants, considérant que leur place naturelle est à l'école et au sein de la famille. Il a signalé que leur exploitation pour la mendicité constitue également une violation de la loi, bien que ce soit un phénomène croissant, en particulier dans les grandes villes.
Il a appelé à investir dans des programmes de soutien pour toutes les catégories sociales et à s'intéresser à l'enfance afin de créer une génération en bonne santé et d'investir dans le capital humain, qui est le fondement de la construction des sociétés.
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