Société
Une première mondiale: le génome complet de l’arganier enfin décrypté
16/08/2025 - 11:15
Ouiam Faraj | Mohammed Fizazi
Un consortium international de chercheurs, en collaboration avec des scientifiques marocains, est parvenu à établir pour la première fois la carte génétique complète de l’arganier (Sideroxylon spinosum), arbre endémique du sud-ouest du Maroc
L’étude, publiée le vendredi 15 août 2025 dans la revue scientifique Nature, constitue une avancée majeure pour la compréhension de cette espèce emblématique, dont l’huile est largement utilisée à la fois dans l’alimentation et la cosmétique, et qui joue un rôle crucial dans l’économie locale et la lutte contre la désertification.
Les travaux ont permis de générer un génome de référence de haute qualité, basé sur une approche combinant le séquençage longue lecture PacBio HiFi et la technologie Illumina Hi-C. Les chercheurs ont ainsi obtenu deux modèles génomiques distincts représentant les haplotypes parentaux, mesurant respectivement 636 et 655 millions de paires de bases, avec un taux de complétude supérieur à 97,8 %.
L’étude révèle que l’arganier possède 11 chromosomes, confirmant des hypothèses qui jusqu’ici oscillaient entre 10 et 12. Chaque haplotype compte environ 28 720 gènes codant pour des protéines, tandis que près de 60 % du génome est constitué de séquences répétées.
La comparaison avec d’autres espèces de la famille des Sapotacées, comme le karité (Vitellaria paradoxa, 12 chromosomes) et le synsépal (Synsepalum dulcificum, 13 chromosomes), a montré une forte conservation de l’organisation génomique malgré des réarrangements chromosomiques. Les chercheurs soulignent que les deux plus grands chromosomes de l’arganier (1 et 2) sont le fruit de fusions et d’expansions répétitives. Le chromosome 2, en particulier, renferme des gènes liés à la biosynthèse de l’huile.
Pour le professeur Mohamed Hijri, directeur du Centre africain de génomique à l’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguerir et l’un des superviseurs de l’étude, cet aboutissement représente "un pas décisif vers la compréhension de l’évolution, de la diversité génétique et de l’adaptation de l’arganier". Il ajoute, dans une déclaration à SNRTnews que l’absence jusqu’ici de carte génétique complète freinait certaines pratiques agricoles comme le greffage, utilisées pour améliorer la productivité et la qualité de l’huile.
La recherche, menée sur un spécimen unique collecté près d’Essaouira, a nécessité près de trois ans de travaux. La prochaine étape consistera à analyser l’ensemble des variations génétiques présentes dans les différentes populations d’arganiers à travers le Maroc, afin de mieux préserver cette ressource naturelle classée réserve de biosphère par l’UNESCO depuis 1998.
Selon les auteurs, cette avancée scientifique ouvrira la voie à des programmes de sélection assistée par marqueurs, visant à améliorer la productivité, la qualité de l’huile et la résistance de l’arganier aux conditions climatiques extrêmes, tout en garantissant la préservation de sa diversité génétique.
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