Politique
Contrats de médicaments et "conflit d’intérêts"… débat parlementaire après les éclaircissements du ministre de la Santé
19/11/2025 - 17:42
Youness Oubaali | Khaoula Benhaddou
La réunion de la Commission des secteurs sociaux à la Chambre des représentants, tenue ce mercredi 19 novembre 2025, a été marquée par un débat "tendu" autour des prix des médicaments et de leurs contrats. Alors que l’opposition affirme l’existence de "dysfonctionnements" concernant les prix et des "conflits d’intérêts", la majorité estime qu’il s’agit de "surenchère" et que le ministère "a été clair dans ses explications".
Lors des discussions sur la présentation de l’Agence nationale des médicaments et des produits de santé, accompagnée des éclaircissements du ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tahraoui, des parlementaires ont souligné l’écart entre les prix de certains médicaments au Maroc et ceux pratiqués dans d’autres pays. Ils ont également demandé des explications précises sur ce qui circule concernant "l’existence de conflits d’intérêts et l’attribution de marchés à certaines entreprises".
Nombreuses interrogations
Plusieurs interventions ont appelé à renforcer le contrôle et les inspections des entreprises, usines, distributeurs et spéculateurs du marché du médicament, afin d’éviter des crises comme celle du médicament KCL, dont la rupture sur le marché n’a été résorbée qu’après l’octroi d’autorisations exceptionnelles.
Abdellah Bouanou, président du groupe parlementaire du Parti de la justice et du développement (PJD), a réitéré ses déclarations faites lors de la séance plénière la semaine dernière. Il a de nouveau alerté sur l’existence de conflits d’intérêts dans le secteur du médicament, renouvelant son appel à la création d’une commission d’enquête parlementaire.
Il a révélé que son groupe parlementaire avait mené des recherches sur le portail des marchés publics, concluant, selon ses dires, qu’une société pharmaceutique liée à un ministre du gouvernement avait obtenu en 2025 des contrats d’une valeur de 32 millions de dirhams, ainsi que d’autres marchés avec des centres hospitaliers universitaires, d’un montant allant de 8 à 50 millions de dirhams au cours de la même année.
Bouanou a insisté sur le fait qu’il maintenait les propos tenus le 13 novembre 2025 lors de la discussion du projet de loi de finances, ajoutant que le communiqué du ministère de la Santé et la présentation du directeur général de l’Agence nationale des médicaments n’apportaient rien de nouveau et ne répondaient pas de manière satisfaisante à ces éléments.
Une majorité agacée
L’intervention de Bouanou n’a pas plu à Mohamed Chtouki, président du groupe du Rassemblement national des indépendants (RNI), qui a refusé d’aborder en commission le sujet des entreprises du ministre concerné et de sa famille, affirmant que ces propos "ne passeront pas inaperçues".
Chtouki a annoncé que son groupe avait procédé à un "suivi précis de tous les appels d’offres relatifs aux médicaments depuis janvier 2023", dont le nombre dépasse 53, émis par la Direction des médicaments ainsi que par les hôpitaux universitaires et régionaux.
Il a ajouté "On ne doit pas accuser les ministres sans preuves. Les lois sont claires, les compétences délimitées, et personne n’est au-dessus des procédures."
Il a également estimé que parler de conflit d’intérêts "exige une compréhension précise de la loi sur les sociétés anonymes, et non de simples accusations politiques."
D’autres parlementaires de la majorité ont soutenu cette position, affirmant que la présentation du ministre et du directeur de l’Agence nationale des médicaments avait clarifié la situation, et que ce qui est relayé relève de "contre-vérités et de surenchères".
À l’inverse, le député Mustapha El Ibrahimi a qualifié la réunion de la commission de "manœuvre visant à contourner la création d’une commission d’enquête parlementaire". Il a ajouté que la présentation faite en commission était "générale" et se limitait à "des chiffres techniques", sans répondre au cœur de la question des conflits d’intérêts.
Selon El Ibrahimi, le ministre concerné avait présenté sa démission de l’entreprise la nuit de sa nomination et en avait confié la gestion à des membres de sa famille. Il a toutefois insisté sur la nécessité d’éclaircir s’il avait bénéficié d’autorisations exceptionnelles.
Il a également critiqué la dépendance à l’égard d’une seule entreprise pour la fabrication du chlorure de potassium (KCL) puis l’interdiction ultérieure de son activité, ce qui a causé la rupture qui a touché le marché.
Le député a aussi dénoncé le retrait de certains médicaments des hôpitaux sous prétexte de la langue figurant sur les emballages, s’interrogeant sur les contrôles, la qualité et les raisons derrière l’augmentation des autorisations exceptionnelles.
Alors que plusieurs interventions demandaient un renforcement du contrôle et la prévention des crises touchant les médicaments vitaux, des députés de la majorité ont insisté sur le fait qu’on ne pouvait pas accuser des ministres et remettre en cause leur intégrité sans base légale ni éléments solides, d’autant que le ministre concerné avait démissionné de son entreprise.
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