Politique
Prix des médicaments: une restructuration douanière dans le projet de budget 2026 suscite le débat
12/11/2025 - 00:07
Youness Oubaali | Khaoula Benhaddou
Le directeur de l’Agence Marocaine des Médicaments et des Produits de Santé (AMMPS), Samir Ahid, a souligné que le projet de loi de finances pour 2026 comprend des mesures visant à répondre efficacement aux besoins de la société en médicaments et à renforcer la capacité du Maroc à faire face aux défis sanitaires à venir.
Lors de sa première apparition devant la commission des finances à la Chambre des représentants, vendredi dernier, le directeur de l’AMMPS a précisé que les modifications apportées à l’article 30 de la tarification douanière sont nécessaires pour garantir une approche équilibrée alliant objectifs de santé et soutien à la production nationale.
Il a indiqué que ces changements visent aussi à préserver un accès équitable aux médicaments essentiels, tout en répondant aux demandes de l’industrie, notamment en ce qui concerne l’harmonisation douanière et la compétitivité des produits fabriqués localement.
Les amendements concernent tous les médicaments destinés à l’usage humain ou animal, ainsi que les matières biologiques brutes ou semi-fabriquées utilisées dans les industries pharmaceutiques, les traitements médicaux, la prévention et le diagnostic, selon la définition de l’article 30 du code des tarifs douaniers.
La note de présentation du projet de loi de finances pour 2026 révèle d’importantes modifications douanières avec lesquelles le gouvernement cherche à réaliser un équilibre entre priorités sociales et soutien à l’industrie nationale.
Le gouvernement affirme qu’il continue à traiter les problèmes apparus suite à la restructuration de l’article 30 en 2023, qui avait mené à l’imposition de droits élevés sur certains médicaments auparavant exemptés ou soumis à des droits faibles (environ 2,5%).
Afin de garantir l’approvisionnement du marché local, le projet de budget met l’accent sur l’activation d’un décret antérieur réduisant les droits d’importation à un minimum (2,5%) dans le cadre du décret et de la loi de finances 2025. Et parallèlement, il propose d’introduire de nouveaux ajustements à l’article 30 pour assurer la poursuite de cette réduction, dans l’objectif de rendre les médicaments abordables pour les citoyens.
Les modifications nouvelles prévoient d’augmenter les droits de douane sur les produits pharmaceutiques fabriqués localement : de 2,5% à 10%, de 10% à 17,5%, et de 17,5% à 30%.
En revanche, les droits sont réduits pour les produits ne disposant pas d’équivalents locaux, passant de 30% à 2,5%.
Selon Samir Ahid, par le biais de cette révision globale de la structure douanière des médicaments, le gouvernement vise à atteindre une équation fine alliant protection de l’industrie nationale et garantie de prix équitables pour les citoyens.
Lors de la réunion, Fouzi Lekjaa, ministre délégué auprès de la ministre de l’Économie et des Finances chargé du budget, a indiqué que durant les neuf premiers mois de 2025, le Maroc a importé des médicaments d’une valeur de 10,5 milliards de dirhams, contre 8,6 milliards en 2022, et que le nombre d’importateurs est passé de 382 en 2022 à 394 en 2025 — ce qui, selon lui, reflète une demande croissante sur le marché intérieur, nécessitant la stratégie gouvernementale pour sécuriser l’approvisionnement.
Concernant l’impact réel de ces mesures sur les prix des médicaments destinés au grand public, le secrétaire général de la Confédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc, Amin Bouzoubaâ, a estimé que la réduction des droits de douane sur les médicaments "n’entraîne aucun changement tangible sur les prix des médicaments vendus en pharmacie".
Il a expliqué, dans une déclaration à SNRTnews, que cette approche, appliquée par le gouvernement dans la loi de finances 2025, "a concerné la réduction du coût des matières premières mais n’a pas été accompagnée d’une réduction des prix des médicaments", soulignant que l’objectif était "de compenser l’industrie pharmaceutique pour la suppression de la TVA sur les médicaments, mesure qui a impacté tant l’industrie pharmaceutique que les pharmacies".
Concernant le projet de loi de finances pour 2026, Bouzobaâ a évoqué le projet de décret relatif à la révision de la procédure de détermination des prix des médicaments que prépare le ministère de la Santé et de la Protection Sociale, en s’attendant à ce qu’il conduise à "une réduction importante des prix".
En revanche, il a mis en garde que "sa mise en œuvre sans mesures d’accompagnement pourrait conduire à l’effondrement du secteur", appelant à "permettre aux pharmacies d’assumer de nouveaux rôles dans la prestation de services de santé, à l’instar des pays avancés, étant donné que les pharmacies constituent les structures de santé les plus proches des citoyens".
Articles en relations
Société
Société
Société
Société