Société
Le Maroc a-t-il vraiment surmonté sa crise hydrique malgré l'amélioration des réserves en eau?
10/05/2026 - 18:04
Halima Aamir
Le Maroc a connu cette année des précipitations importantes qui ont partiellement mis fin aux effets de plusieurs années consécutives de sécheresse. Les ressources en eau disponibles ont atteint environ 13 milliards de mètres cubes, avec un taux de remplissage des barrages atteignant 76,1 % le lundi 4 mai 2026.
Cependant, cette amélioration ne signifie pas nécessairement que le Maroc a surmonté la crise du stress hydrique, et elle ne justifie pas non plus un retour aux modes de consommation excessive de l'eau. Dans ce contexte, l'ingénieur hydraulique et expert en changements climatiques, Mohammed Jalil, estime que le Maroc connaît une amélioration conjoncturelle de ses ressources en eau, qui ne peut être considérée comme absolue ou permanente. Il souligne que le Royaume souffre encore des effets des changements climatiques et des fluctuations qui y sont associées, rendant les précipitations irrégulières : une année pluvieuse peut ainsi être suivie d'une année sèche. Par conséquent, l'amélioration conjoncturelle des précipitations cette année ne signifie pas nécessairement que les années à venir connaîtront le même niveau de pluie ou la même abondance.
Une amélioration conjoncturelle qui n'atteint pas la stabilité hydrique
L'intervenant a déclaré, dans une déclaration à SNRTnews, que le gaspillage de l'eau, au regard des contraintes que le Maroc a connues durant la conjoncture climatique actuelle, impose de faire preuve d'un sens civique et d'une responsabilité dans la consommation, que ce soit en période d'abondance ou de pénurie. La situation qu'a vécue le Maroc est exceptionnelle, et malgré l'amélioration enregistrée dans les retenues des barrages et les nappes phréatiques, cela ne donne pas le feu vert au gaspillage.
Il estime que le Maroc dispose d'un système de gestion des ressources en eau de surface et souterraines, où la priorité est accordée à l'eau potable, puis à l'irrigation des arbres fruitiers, suivie des cultures annuelles, puis des légumes. Un ordre de priorité clair est ainsi établi, plaçant l'eau potable en tête, même en cas de stress hydrique, avec la nécessité de garantir cette priorité en toutes circonstances.
Cependant, cette année, malgré le fait que le volume d'eau stockée dans les retenues des barrages ait atteint environ 13 milliards de mètres cubes — une quantité qui peut sembler suffisante pour plusieurs années —, le besoin demeure pour répondre aux exigences des agriculteurs. Cela impose une gestion rationnelle de ces ressources, en gardant à l'esprit la nécessité d'économiser l'eau potable, notamment dans les usages domestiques, ainsi que dans les mécanismes agricoles, et d'intégrer des techniques modernes et efficaces d'irrigation et de gestion, précise l'intervenant.
L'abondance n'élimine pas la persistance du stress hydrique
L'intervenant affirme que le pays souffre encore de multiples contraintes hydriques et d'une pénurie structurelle des ressources naturelles, ce qui nécessite d'en atténuer la gravité par une utilisation rationnelle de l'eau et le renouvellement des méthodes de gestion.
Toutefois, cette amélioration, malgré son importance, ne signifie pas nécessairement que le Maroc a définitivement surmonté la crise du stress hydrique, et ne justifie pas un retour aux modes de consommation excessive de l'eau, selon Mohammed El Bakkali, directeur du service des équipements à la Direction régionale de l'équipement et de l'eau de Chefchaouen.
M. El Bakkali a précisé, dans une déclaration à SNRTnews, que les régions du Nord ont connu une abondance importante en eau cette année, certains barrages atteignant un taux de remplissage de 100 % grâce aux précipitations importantes enregistrées. Cela ne signifie toutefois pas qu'il faille adopter un comportement de consommation irrationnel ou gaspiller l'eau.
Il a ajouté que, malgré les mesures déjà prises — telles que la restriction de l'utilisation de l'eau potable dans les hammams et les piscines, ainsi que pour l'arrosage des espaces verts et des places publiques —, la responsabilité reste partagée et doit s'accompagner d'une conscience citoyenne fondée sur la rationalisation de la consommation de l'eau, afin de garantir la durabilité des ressources pour les années à venir.
Des disparités territoriales dans la situation hydrique
Les ressources en eau au Maroc restent liées à des facteurs climatiques instables, sous l'effet des changements climatiques qui rendent les précipitations irrégulières dans le temps et dans l'espace. Les années de sécheresse précédentes ont également épuisé une part importante des nappes phréatiques, qui nécessitent de plus longues périodes pour retrouver leur équilibre. Certaines régions du Royaume n'ont pas encore enregistré suffisamment de précipitations pour couvrir leurs besoins en eau, comme c'est le cas dans les régions du Nord, de l'Ouest ou du Centre du pays.
Dans le Sud-Est du Maroc, certaines régions n'ont pas encore atteint 40 % de taux de remplissage des barrages.
À cet égard, Youssef Benhamou, directeur de l'Agence du bassin hydraulique de Drâa-Oued Noun, explique que la région Drâa-Oued Noun et le bassin d'Ifni ont enregistré cette année un déficit pluviométrique par rapport à une année normale, contrairement aux régions du Nord et du Centre qui ont connu un excédent important.
L'intervenant confirme, dans une déclaration à SNRTnews, que cette situation a eu des répercussions sur les ressources en eau de surface, qui ont enregistré un déficit hydrique manifeste. Le taux de remplissage des barrages de la région n'a pas atteint les 40 %, ce qui en fait l'un des bassins affichant les niveaux de remplissage les plus bas par rapport au reste du Royaume, dont la moyenne dépasse 76 %.
Une gestion durable de l'eau
Ce déficit ne signifie pas pour autant qu'il existe une pénurie immédiate d'eau potable. Des villes comme Ouarzazate, Zagora et Agdez, qui dépendent de ces barrages, ne souffrent actuellement d'aucun problème d'approvisionnement et disposent d'un stock suffisant pour environ un an. En revanche, un déficit en eau d'irrigation est anticipé, ce qui a conduit à une réduction des quotas d'eau alloués à l'agriculture cette saison, qui n'ont pas dépassé 100 millions de mètres cubes.
Il a également indiqué que l'Agence n'a pas accordé d'autorisations à 100 % pour les nouveaux projets d'irrigation, notamment dans les régions de Tata, Zagora et Ouarzazate, où le contrôle des surfaces irriguées est maintenu.
L'intervenant insiste donc sur le fait que cette conjoncture devrait être mise à profit pour renforcer les politiques de gestion durable de l'eau, à travers la rationalisation de la consommation et le développement de techniques d'irrigation économes, plutôt que de la considérer comme le signe d'une abondance permanente.
Articles en relations
Société
Politique
Société
Economie