Société
Maladie de Verneuil: une affection cutanée chronique encore méconnue
15/07/2025 - 10:35
Halima Aamir | Khaoula Benhaddou
La maladie de Verneuil est une pathologie dermatologique inflammatoire chronique. Décrite pour la première fois en 1854 par le chirurgien français Aristide Verneuil, elle se manifeste par l’apparition de nodules douloureux, principalement localisés dans les zones riches en glandes apocrines, notamment au niveau des aisselles, des parties génitales, des seins ou encore derrière les oreilles.
Longtemps méconnue ou confondue avec d’autres affections cutanées comme l’acné, la maladie de Verneuil touche les zones du corps comportant des glandes sudoripares apocrines, responsables de la production de sueur. Celles-ci sont présentes notamment au niveau de la peau des régions ano-périnéales, des plis de l’aine, des aisselles, des mamelons chez la femme, et derrière les oreilles.
Selon la dermatologue Dr Awatif Kelate, le diagnostic est souvent tardif car les premiers signes sont souvent négligés ou mal interprétés; "Lorsqu’on observe des lésions ou des points noirs dans des zones comme les aisselles ou les parties génitales, il est essentiel de consulter un spécialiste. Ce sont parfois les premiers signes de la maladie de Verneuil."
À un stade précoce, un suivi médical régulier permet de mieux gérer les symptômes. Mais en l’absence de prise en charge, la maladie peut évoluer vers des formes sévères. "Le diagnostic est rarement posé à un stade initial, car les symptômes sont très discrets. Souvent, les malades consultent dans des stades avancées avec des surinfection, l'occlusion folliculaire comme les kystes dans la région inter-fessière ce qui rend difficile la prise en charge", explique Dr Kelate.
D’autres maladies inflammatoires peuvent être associées à la maladie de Verneuil, telles que certaines formes sévères d’acné, la folliculite du cuir chevelu, ou encore la maladie de Crohn.
Facteurs déclenchant et aggravants
Bien que non héréditaire, la maladie de Verneuil est influencée par des facteurs génétiques. Elle apparaît généralement après la puberté et touche plus fréquemment les femmes.
Le tabagisme et l’obésité sont considérés comme des facteurs aggravants majeurs; "Un patient au stade débutant peut voir sa situation se détériorer rapidement en cas de tabagisme actif", alerte Dr Kelate.
Traitements et hygiène de vie
La prise en charge dépend du stade d’évolution. À un stade débutant, des traitements locaux associés à un suivi dermatologique régulier peuvent suffire. Pour les formes plus avancées, des thérapies plus lourdes peuvent être nécessaires.
"À un stade précoce, le traitement peut être simple, avec un bon suivi pour éviter toute complication. En revanche, pour des formes avancées, on peut recourir à la biothérapie, associée à une modification de l’hygiène de vie, en particulier l’arrêt du tabac", précise la dermatologue.
L’été: une période critique pour les malades
La saison estivale est souvent redoutée par les personnes atteintes de la maladie de Verneuil. La chaleur, la transpiration excessive, et le frottement des vêtements serrés comme les maillots de bain peuvent aggraver les symptômes.
"Cette maladie est présente toute l’année, mais les poussées peuvent s’intensifier en été, notamment avec la chaleur, l’humidité, la transpiration, et le port de vêtements moulants comme les maillots de bain, qui créent un environnement propice à l’inflammation", explique Dr Kelate.
Une maladie orpheline qui nécessite une prise en charge sérieuse
La maladie débute souvent par de petites lésions ressemblant à de l’acné, mais elles évoluent rapidement en abcès remplis de pus, pouvant ulcérer et laisser des cicatrices profondes.
Selon la dermatologue Dr Fatima Zahra Oubeid, cette maladie n’est ni contagieuse, ni liée à un manque d’hygiène, et n’est pas héréditaire; "les causes de cette maladie ne sont toujours pas connues. Certaines études pointent du doigt des dérèglements immunitaires locaux, des facteurs hormonaux, et des prédispositions génétiques".
Et d’ajouter: "À ce jour, il n’existe pas de traitement curatif, mais certains traitements peuvent atténuer les symptômes, notamment les antibiotiques et les interventions chirurgicales… Il est aussi essentiel d’adopter un mode de vie sain en arrêtant la cigarette et en adoptant une bonne hygiène de vie".
Pour conclure, la spécialiste appelle à une meilleure sensibilisation du public et du corps médical; "Beaucoup de patients vivent dans la douleur sans savoir ce qu’ils ont. Un diagnostic rapide permet d’éviter l’évolution vers des formes sévères".
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